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La face cachée de São Paulo

19 octobre 2008 · Laisser un commentaire

Avec Fernando Bonassi, vous courez le risque de découvrir un autre Brésil, bien plus sombre et bien plus violent que tous les horribles faits divers que vous avez pu lire, voir ou entendre. Rencontre au moment où son premier roman traduit en français vient d’être publié.

Auteur prolifique de 43 ans, Fernando Bonassi, dont une première traduction en français vient de sortir (Suburbio, éditions Moisson Rouge oui, notre propre éditeur, un peu d’autopromo ne fait pas de mal, nous en reparlons bientôt), a déjà à son actif 19 romans, 15 pièces de théâtre et des dizaines de scénarios qui ont donné naissance à certains films primés à Cannes et à Biarritz.  

Pour parler de l’œuvre de Fernando Bonassi, un seul mot possible : pessimisme. Sa vision du Brésil est bien loin des clichés. « Mon roman, Suburbio [Banlieue] est très noir, c’est vrai, avoue-t-il. Mais je vis à São Paulo et ce que je raconte n’est que la réalité. » Il se dégage de ce texte une violence sociale, politique et criminelle d’une telle intensité qu’on a du mal à imaginer cet homme calme, au discours clair et posé, survivre dans une ville comme São Paulo. Mais derrière ses lunettes aux grosses montures noires se cache une réflexion sur son pays des plus pertinente. 

Pour Bonassi, la vie se dessine en noir, surtout dans son pays. « Le futur est bien sombre. Nous vivons une sorte d’haïtisation ou d’irakisation qui va devenir rapidement incontrôlable, estime-t-il. Il existe aujourd’hui au Brésil une absence totale des valeurs démocratiques », affirme-t-il allant à l’encontre de toutes les analyses montrant le géant de l’Amérique latine comme un exemple à suivre en matière de démocratie. Il avoue aussi, le sourire aux lèvres, que ce qu’il préfère en Europe, « c’est pouvoir se balader tranquillement dans les rues à 2 heures du matin sans aucun problème, sans risquer de se faire tuer. C’est le paradis ! » 
Cet admirateur inconditionnel de Marguerite Duras – Hiroshima mon amour est son film préféré – n’est pas tendre avec ses compatriotes, encore moins avec son président, admiré à l’extérieur, critiqué à l’intérieur. « Lula est un héros à l’étranger, mais, pour nous, c’est juste un libéral. C’est notre Gorbatchev. J’ai voté pour lui, mais il n’est plus ce sauveur que nous attendions, il s’est transformé en homme ordinaire. » 

Virulent quand il parle du Brésil, Fernando Bonassi est beaucoup moins prolixe, il est même timide, lorsqu’il s’agit d’évoquer sa vie personnelle. « J’ai commencé à écrire parce que j’étais amoureux d’une fille. Elle ne l’a jamais su, je ne lui ai jamais envoyé toutes les lettres que je lui avais écrites. J’ai découvert à ce moment-là que l’écriture permettait de dévoiler ses sentiments, de les organiser. » Pour lui, l’imagination est plus intéressante que la réalité, surtout quand il est question d’amour. (MF)

Suburbio, de Fernando Bonassi, éditions Moisson Rouge, 18 €

Catégories : Amériques · Livres
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