Dimanche soir, la chaîne d’informations continues BFM TV a diffusé un entretien avec Christian Poveda, l’auteur de la Vida Loca [en salle à partir du 30 septembre], réalisé peu de temps avant son assassinat [survenu le 2 septembre]. Le journaliste revient sur l’attitude souvent hypocrite des médias salvadoriens face à la violence et la réaction pour le moins ambiguë des autorités locales. Malheureusement, les images choisies par la chaîne pour illustrer le propos n’ont qu’un rapport lointain avec le sujet. Sur les voitures de police ont distingue parfaitement le nom de Ciudad Juárez, les corps allongés dans le désert portent la signature des tueurs des Cartels mexicains de la drogue. Certes, il s’agit là aussi de violence aveugle et sanglante, mais nous sommes au Mexique, à des milliers de kilomètres de la réalité décrite par Christian Poveda, au Salvador… (JCR)
Entrée de septembre 2009
BFM TV ignore les kilomètres
29 septembre 2009 · Laisser un commentaire
Catégories : Amériques · Médias
Tagué : information, Mexique, Salvador, télévision
Vive la locale, l’éloge du journalisme de proximité
23 septembre 2009 · 8 commentaires
Le week-end dernier s’est déroulée à Asti (Italie) une rencontre autour de l’exposition Visible et invisible, le designer de l’information. Organisée par Nata Rampazzo, cette manifestation a été l’occasion d’un échange entre professionnels européens sur l’avenir de la presse écrite. Nous vous livrons ici la contribution la plus originale et la plus musclée. Elle est l’œuvre de deux journalistes suisses de tout premier plan :
- Werner De Schepper (44 ans) est rédacteur en chef adjoint de la Aargauer Zeitung, responsable des éditions locales. Il est aussi chargé d’enseignement à l’Université de Nêuchatel . De 2003 à 2007, Il a été le directeur de la rédaction du plus grand journal Suisse Blick.
- Peter Rothenbühler (60 ans) est directeur éditorial du groupe de presse romande Edipresse et responsable de la relance de 24 heures, le grand journal régional du canton de Vaud. Auparavant, il a été le directeur de la rédaction du plus grand quotidien romand Le Matin.
Le journalisme doit commencer au coin de la rue
C’est quoi, un grand journaliste ? Pour la plupart des acteurs de la presse, éditeurs, rédacteurs en chef, professeurs de journalisme, étudiants en journalisme, la réponse est vite trouvée:
le grand journaliste, c’est d’abord le « grand reporter » qui voyage et couvre les grands conflits, celui qui parle de peuplades lointaines et de leurs traditions.
Viennent ensuite les journalistes du «palais», les chroniqueurs parlementaires qui fréquentent les ministres et les députés et commentent les grandes décisions nationales, les conflits entre ministres.
En troisième position, on citera les journalistes économiques, surtout à une époque ou « we live in financial times » comme le dit le slogan d’un des meilleurs titres de la presse internationale.
Et naturellement, vous dira-t-on, il y a aussi last but not least les « localiers », ceux qui s’occupent des informations de proximité, des faits divers.
Les gens un peu mieux informés sur le fonctionnement des médias, ajouteront que cette échelle des valeurs est un peu fausse aujourd’hui, qu’on devrait aller vers une réévaluation du journalisme local, du journalisme de proximité.
Très important, vous diront-ils.
Parce que, comme on le sait depuis très longtemps, le cœur du business de la presse, les affaire les plus solides, ce sont toujours les titres régionaux.
La seule pub qui n’est pas retirée dans la même proportion que la pub commerciale nationale, en ces temps de crise, c’est la pub locale.
Les seuls services, les seules infos absolument indispensables pour les lecteurs, ce sont les infos locales, cela va des convois funéraires aux adresses des pharmacies de service, en passant par les décisions du conseil communal. Extrêmement important, la locale, c’est la raison d’être, le cœur du journal.
Et ils feront même des remarques assez désobligeantes pour les rubriques nationales et internationales.
Les infos internationales, on peut les avoir partout, il n’y a qu’à reprendre les agences, piquer des trucs sur internet.
Et les scoops du « palais », c’est quoi ? Du bluff, dans la plupart des cas. C’est recevoir un dossier un jour avant la conférence de presse officielle, se faire instrumentaliser par une partie du conflit contre l’autre, assister avec cinquante autres personnes à la même conférence de presse pour ensuite écrire des commentaires ronflants qui font « trembler la République »…
On le sait bien.
Mais en réalité, que font la plupart des quotidiens régionaux, encore et toujours ? Ils prêchent l’eau et boivent du vin. Ils crient haut et fort que la locale est extrêmement importante, mais ils continuent de la négliger.
Surtout en Suisse, pays qui nous concerne en premier lieu.
Les quotidiens régionaux reflètent encore et toujours la hiérarchie esquissée au début de l’article :
Qui a les plus gros salaires dans une rédaction ? Les journalistes des rubriques nationales, internationales et économiques.
Qui fera carrière, en règle générale ? Celui qui aura passé un certain temps au palais.
Ou se trouvent les pages internationales et nationales du quotidien ? Devant. Et les pages locales, si importantes ? Derrière.
Qui s’occupe de la locale ? Les stagiaires, les débutants payés au rabais, parce qu’il faut bien commencer «tout au bas de l’échelle », parce qu’ils savent encore courir et qu’ils ont besoin d’apprendre le métier. Et les vieux, ceux qui ne savent justement plus courir, qu’on a retiré du front qui sont en fin de carrière et qui ont assez vu pour retourner humblement au bas de l’échelle.
Or, il est temps d’arrêter de parler. Et d’agir.
Les seules informations qui rendent le quotidien régional vraiment indispensables et utile au lecteur, ce sont les informations locales, celles qui permettent aux habitants d’une ville ou d’une région d’y vivre et d’y survivre et de s’y orienter.
Le seules informations que vous ne trouverez pas en abondance sur Google, Bluewin, Yahoo et les sites internets (gratuits) des télévisions publiques nationales, ce sont les informations régionales, locales, de proximité.
La locale est le seul véritable USP qui reste aux quotidiens de la presse écrite.
Mais attention : la locale, ce ne sont pas seulement des comptes rendus ennuyeux de conseils communaux, des communiqués barbants des institutions régionales et d’autres « petitesses » locales. Mais du vrai journalisme de terrain. Du « grand » journalisme, des recherches, des portraits, des enquêtes, des interviews, des commentaires, des comparaisons, des débats, etc.
La renaissance et l’avenir du journalisme quotidien commence au coin de la rue.
Là, ou nos lecteurs vivent, travaillent, vont à l’école, font leurs courses, s’amusent, sortent déjeuner, consomment de la culture, dépensent leur argent et prennent le train ou la voiture.
Nous proposons 10 points qui sont autant de mesures qui permettent de mettre le journalisme de proximité au centre du journal :
- Il faut engager les meilleurs journalistes à la rubrique locale.
- Il faut une nouvelle grille salariale qui ne défavorise pas le journalise de proximité
- Il faut mettre au service du débat local le site internet du titre. Questions du jour, votes, débats
- Il faut changer la structure, le chemin de fer du journal, les informations régionales doivent se retrouver dans la première partie du journal
- Il faut changer la politique de couverture, de la Une du journal : elle n’est pas réservé aux actualités nationales et internationales. Les évènements locaux doivent y figurer et même faire le grand sujet régulièrement.
- Les formats utilisés dans les rubriques locales sont les mêmes que dans les autres rubriques : interviews, portraits, chroniques, sondages, infographies
- Le journalisme de proximité cultive le débat, le dialogue et respecte les opinions de tous. Pas de commentaires coup de poings et partisans comme dans les rubriques nationales et internationales. Critiquer injustement n’a aucune conséquence pour le journal.
- Le journalisme de proximité est plus exigeant parce que toutes les news sont immédiatement vérifiables pour les lecteurs. Une raison de plus pour engager les meilleurs journalistes, favoriser une photographie consciencieuse, se servir d’infographies.
- Le journalisme de proximité doit s’émanciper, c’est-à-dire se libérer des agendas des institutions et trouver, créer les sujets selon les besoins du lecteur. Il doit devenir un véritable miroir de la population d’une région. Les lecteurs doivent se reconnaitre dans leur journal, leur souci, leurs ambitions, leurs rêves, leurs histoires et pourquoi pas, le plus souvent leur propre photo !
- Le journalisme de proximité doit devenir un véritable média démocratique, un forum pour le débat politique, social, économique et culturel d’une région, à travers l’utilisation extensive des nouveaux outils qui sont le mail, les sites internet, Facebook, Twitter et le téléphone portable.
Olten/Lausanne le 4 septembre 2009
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Journalisme humain
22 septembre 2009 · Laisser un commentaire
En ce jour où la police française rase la jungle de Calais, une bonne nouvelle tout de même, avec l’annonce de la naissance d’un nouveau média. C’est en Espagne que ça se passe, à l’initiative de Javier Bauluz. Après le Manifeste journalisme et droits de l’homme dont nous avions déjà parlé ici, l’unique espagnol récompensé par un prix Pulitzer vient d’annoncer la création de Periodismo Humano, un site qui sera en ligne dans quelques jours. « C’est un nom simple, direct. Quand tu arriveras sur ce site, tu sauras ce que tu viens y chercher », a-t-il déclaré lors du Congrès journalisme numérique qui vient d’avoir lieu en Andalousie. « Nous voulons remettre au goût du jour toute notre joie de faire du vrai journalisme, notre volonté de le remettre à sa place, qu’il récupère sa fonction sociale. » Bienvenidos donc et bonne route ! Nous irons voir de plus près de quoi il retourne une fois le site en ligne. (MF)
Et pour les hispanophones, l’annonce en versión original et en image ;-)
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Nouveau Libé : du newspaper au viewspaper
16 septembre 2009 · Laisser un commentaire
Un peu plus d’une semaine déjà que la nouvelle formule de Libération est dans les kiosques. Nous la trouvons plutôt réussie. Et pour mieux comprendre ce qui a motivé le quotidien dans ses choix, nous avons interrogé Juan Antonio Giner, président du cabinet Innovation Media Consulting (et auteur d’un blog fort intéressant, Innovation in Newspapers), qui a travaillé sur ce projet. « C’est une longue et belle histoire qui nous lie à Libé, raconte-t-il dans un long mail. Nous avions déjà travaillé avec Serge July et Evence Coppe quand le célèbre designer David Hillman, de Penagram à Londres, avait soumis une nouvelle maquette qui n’a pas été retenue à l’époque. Puis, l’an dernier, Laurent Joffrin et Nathalie Collin, qui connaissaient notre travail dans la refonte et la réorganisation de journaux (comme le nouveau quotidien portugais I), nous ont rappelé et nous ont demandé de les accompagner dans leur recherche de la nouvelle maquette de Libé. »
Comment s’est passée la collaboration avec l’équipe du quotidien ?
Les gens de Libé ont mis en place le nouveau chemin de fer auquel nous avons répondu par un nouveau modèle graphique, un nouveau design qui impliquait aussi des changements importants dans l’architecture journalistique du journal. Nouvelles manières de raconter des histoires, un journalisme « post-informations », plus interprétatif et analytique. Le tout sans trahir l’esprit fondateur de Libé mais en le consolidant comme un média critique, indispensable et de qualité. Nous ne sommes pas de simples consultants graphiques, nous sommes tous, chez Innovation, des journalistes et notre travail implique une vision innovante des contenus et des formats. Nous avons travaillé durant plusieurs mois, de nombreux membres de l’équipe du cabinet ont participé, Andrew Jaspan, Javier Errea (qui a remporté quasiment tous les derniers prix aux journaux les mieux maquettés ces dernières années), Antonio Martin, Deborah Withey (ex présidente de la Society of News Design, SDN), Juan Caño et enfin Juan Senor, notre directeur à Londres, en tant que Project Manager.
Quel premier bilan tirer de cette première semaine ?
Très bon ! Les chiffres de ventes sont excellents (+100 % le premier jour de mise en circulation de la nouvelle formule et +80 % le lendemain). Je crois que c’est une réussite. Le nouveau Libé a su évoluer tant dans le fond que dans la forme tout en conservant ce qui fait son identité. Le journal est en passe de reconquérir d’anciens lecteurs et d’en attirer de nouveaux, plus jeunes, qui ne se contentent plus d’un journalisme de dépêches d’agences. Ils veulent plus qu’un simple « newspaper », ils veulent un « viewspaper », un quotidien intelligent, attrayant, critique, innovant, incontournable. Laurent Joffrin et son équipe démontrent que tout c’est encore possible. (MF)
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Manu Chao force la machine avec Baionarena
13 septembre 2009 · Laisser un commentaire
A l’occasion de la sortie de son double CD-DVD live, Baionarena (demain 14 septembre dans les bacs), l’ami Manu nous a demandé d’en écrire une présentation et de participer à un petit fanzine de 8 pages distribué au public lors de ses concerts. Voici donc un extrait de ce texte (envoyé notamment à toute la presse) et quelques pages du fanzine pour ceux qui n’ont pas la chance de voir Manu et Radio Bemba sur scène prochainement (dates de la tournée ici).
Un concert ? Non, plus que ça, un marathon, un show de deux heures trente, ou de trois heures. Une performance musicale, scénique et physique. Á Bayonne comme à Tijuana, à Paris comme à Mataró, dans une grande salle comme dans un lieu plus intime, l’équation se vérifie à chaque fois : Manu Chao + Radio Bemba = un cocktail explosif ou, mieux dit, une explosion de joie. De la sueur, des cris, des sauts, des chansons enchaînées à la vitesse de l’éclair, une pause, des rumbas, du rock, du reggae, bref, du gros son. Mais comme le dit l’ami Jacky Berroyer, « pas n’importe quel son, du Manu, reconnaissable entre mille. » [...] Quand il n’y en a plus, il y en a encore. Quand Manu annonce « une dernière pour la route », il faut bien comprendre une dernière heure de concert, pas une dernière chanson. Quand les musiciens sortent de scène, sur les riffs entêtants de Madjid, c’est pour mieux y revenir. « On force la machine ! Se fuerza la maquina ! » Á peine le temps de reprendre son souffle et c’est reparti. [...]
Gambeat, Garbancito, David, Julio, Angelo et Madjid : une équipe de choc infatigable ! Peu de groupes parviennent à transmettre une telle énergie. La vérité ne sort pas que de la bouche des enfants, elle sort aussi de la scène et des amplis. [...] Difficile de décrire avec des mots l’expérience d’un concert de Manu et de Radio Bemba. Une chose est certaine, mieux vaut être en forme avant d’assister au spectacle. (MF)
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La vida loca
3 septembre 2009 · 2 commentaires
C’est une rentrée difficile. Aujourd’hui, l’un des nôtres n’est plus là. Christian Poveda, journaliste et documentariste franco-espagnol a été assassiné le 2 septembre au Salvador. Nul ne sait encore par qui ni pourquoi. La seule chose que nous savons, c’est que la profession perd un grand monsieur. Nous ne connaissions pas Christian, nous avions eu la chance de lui parler au téléphone en juillet dernier et devions nous voir ce mois-ci. La dure loi de la violence en a décidé autrement. Il avait passé seize mois à filmer les gangs du Salvador. Résultat : un film superbe, La vida loca (« la vie folle »). Pour lui rendre hommage, rendez-vous partir du 30 septembre, date à laquelle ce qui restera à jamais son dernier film sera à l’affiche en France. (MF)
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