Voilà comment l’Elysée nous voit. Nous, les journalistes. Tandis qu’aujourd’hui une grande partie de la presse fait sa Une sur la prestation télévisée du chef de l’Etat, Reporters sans frontières n’oublie pas que deux de nos collègues de France 3 sont aux mains de ravisseurs en Afghanistan. Deux journalistes expérimentés qui auraient, dixit Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, commis une « imprudence vraiment coupable », évoquant le fait que « il leur avait été très clairement demandé de ne pas s’aventurer ainsi parce qu’il y a des risques. » Mais qui leur a demandé cela ? L’armée ? Les journalistes ne sont pas des soldats il me semble, ils n’ont pas à obéir aux ordres d’un militaire ou d’une quelconque cellule du Quai d’Orsay. « Ils font courir des risques aussi à beaucoup de nos forces armées, qui du reste sont détournées de leurs missions principales », a affirmé le conseiller du président au micro d’Europe 1, qui a enfoncé le clou en mettant sur le tapis la question qui fâche, celle de l’argent. « Cela a évidemment un coût tout à fait considérable, je me souviens que quelques jours seulement après leur disparition on évaluait déjà ce coût à un million d’euros. »
Même Bernard Kouchner s’y est mis. Le ministre des Affaires étrangères estimant que les journalistes avaient été largement prévenus des risques. « Maintenant, c’est nous qui les prenons pour les sortir », a-t-il déclaré, même s’il a modéré son propos en concluant par un : « et c’est normal. » On l’espère oui, que c’est normal, que la France va tout mettre en oeuvre pour les sortir de là vivants. Se posait-on cette question quand Ingrid Bettencourt était otage des Farcs ? S’est-on interrogé sur les risques (réels) pris par la candidate à la présidentielle à l’époque ? Si on en croit tous ces propos, deux journalistes du service public valent moins qu’une amie de Dominique de Villepin.
Sans vouloir faire de corporatisme mal placé, il ne faut pas laissé passer ce genre d’affirmations. Non, les journalistes ne sont pas aux ordres, non comme le pense Frédéric Lefebvre, ils ne sont pas au service de la France. Seuls les faits comptent, et pour les vérifier, pardon messieurs, mais il faut aller sur le terrain.
Rendez-vous jeudi 28 janvier à 13 heures place du Trocadéro pour un rassemblement en soutien à nos confrères et pour la liberté de la presse. (MF)
Audrey Pulvar soutient ses ex-collègues de France 3