Comme chaque année au mois de juillet, la crème du polar s’est donné rendez-vous en Espagne. A Gijón, dans les Asturies. La Semana Negra, la Semaine Noire, a la particularité de durer… 10 jours.
A l’image de son créateur, l’écrivain mexicain Paco Ignacio Taibo II, cette semaine noire est tour à tour éclectique, folle, musicale, imaginaire, nutritive. Bref, elle est plus qu’un simple salon du livre. Au fil du temps, elle s’est transformée en véritable phénomène culturel. Elle célèbrait cette année sa 21e édition. Du 11 au 21 juillet dernier, plus d’un million de visiteurs s’y sont pressés pour célébrer ses 21 ans et près de 52 000 livres ont été vendus.
C’est sur la plage d’El Poniente et sur la promenade que se sont montés tous les stands. Ici, un libraire, là un vendeur de bijoux, en face un restaurant. Partout les distributeurs d’A Quemarropa (A bout portant), le quotidien du festival, doyen des publications espagnoles consacrées au noir. Entre les tentes blanches, vous rencontrez l’un des écrivains invités (les plus grands noms du polar, mais aussi de la SF et de la BD s’y donnent rendez-vous) avec qui vous pourrez deviser littérature autour d’un verre. Et ne vous étonnez pas de croiser un Taibo II, la moustache frétillante, courant partout, une canette de Pepsi à la main quelque soit l’heure. Au loin, la fête foraine bat son plein, tandis que chaque soir un concert a lieu sur une grande scène. Le festival n’ouvre ses portes qu’à partir de 17 heures pour ne les femer que tard dans la nuit.
« C’est une véritable fête populaire, nous mettons la culture dans la rue, à sa place, accessible au plus grand nombre et gratuite », affirme fièrement le papa de cette manifestation unique. Cette année encore les plus grandes plumes s’y sont pressées, auteurs de polars mais aussi d’autres genres. Jorge Semprun y a reçu un bel hommage par exemple, tout comme le poète espagnol Ángel González (décédé cette année) lors d’une veillée de poésie réunissant plus de 500 personnes à 2 heures du matin. Si vous passez dans le coin l’année prochaine, courez-y vite, cette Semaine Noire vaut le détour.
Marc Fernandez
Le site du festival : http://www.semananegra.org
Comme chaque année, la Semaine Noire a décerné ses prix.
Prix Dashiell Hammet du meilleur roman noir en langue espagnole : ex-aequo Juan Ramón Biedma (El imán y la brújula, Ediciones B) et Leonardo Oyola (Chamamé, ediciones Salto de página)
Prix Memorial Silverio Cañada du meilleur premier roman noir en langue espagnole : Carlos Salem (Camino de ida, ediciones Salto de página)
Prix Rodolfo Walsh de la meilleure enquête (le Pulitzer en langue espagnole) : Sanjuana Martínez (Prueba de la fe, la red de cardenales y obispos en la pederastia clerical, Planeta Mexico)